Boskoarts : le graphiste vaudais qui veut créer un pont entre Lyon et la Bosnie

Boskoarts : le graphiste vaudais qui veut créer un pont entre Lyon et la Bosnie

Le graphiste et photographe Boskoarts de son alias, durant un shooting photo. (Crédits : Edwin).

Boskoarts est un graphiste lyonnais originaire de Vaulx-en-Velin. Passé par les quartiers de la Balme puis ceux du centre-ville, il est un acteur fort de la culture hip-hop à Lyon. Avec ses compétences en graphisme et en photographie, il a créé des pochettes d’album et de singles pour des artistes de tous horizons, de toutes notoriétés et de toutes les nationalités. Focus sur un graphiste pas comme les autres.

En 2012, Edwin est un gros consommateur de jeux vidéo. A l’époque du collège, Call Of Duty ou encore PES sont les best-sellers. Grand fan de ces zones de jeux et d’échanges, il sympathise avec un grand nombre de joueurs en lignes. Au point de faire partie d’une communauté avec des YouTubeurs américains et anglais avec qui il partage des heures et des heures de jeux. Fier de faire partie de cette équipe, cette famille, il décide de créer une identité forte à ce groupe d’amis. Il design alors un logo sur le logiciel Photoshop -qu’il a craké- et le propose à son clan. Il est tout de suite adopté. C’est pour lui, le début d’une grande histoire d’amour avec le graphisme et le design de logos. « Je me suis mis à créer mes premiers logos à la suite de cela. Par la suite, j’ai fait des bannières YouTube et pas mal de choses diverses dans le graphisme. J’ai appris rapidement, j’avais cracké la suite adobe. Puis, au fur et à mesure que j’ai grandi, j’ai délaissé tout ça ».

À l’âge de 15/16ans, après avoir longtemps laissé le graphisme de côté, une autre passion prend le pas sur sa vie : le rap. Entre les fiertés locales comme Boyzy et La Famax ou les légendes parisiennes comme Lacrim ou Rohff, Edwin se met à écouter tout ce qui sort et bien plus. À force de trainer sur les réseaux sociaux et de voir ce que des références comme Koria ou Mister Fifou font au niveau visuel dans le rap, ce graphiste dans l’âme se remet peu à peu à créer : « À l’âge de mes 17 ans à peu près, je voyais sur Instagram des covers, des illustrations pour des pochettes de morceaux de rap. Je savais comment on faisait pour arriver à ce résultat et je voyais cela largement atteignable. Je me suis lancé directement ». Il démarche sans plus attendre un premier rappeur de Mulhouse, directement via Instagram, avant de réaliser la cover qui va le lancer dans le grand bain : le morceau « Sharif » de Zola sorti en 2018. Tout s’est enchaîné pour lui : « Je l’ai démarché directement. Je connaissais un de ses proches à Belfort, d’où il est origine. Je suis rentré en contact avec le manageur de Zola et l’artiste lui-même. Je n’avais pas de catalogue ou de quoi leur montrer que j’avais le niveau. Je n’avais pas le choix que de les démarcher. Je faisais beaucoup de fan arts et c’est comme ça que les artistes me faisaient confiance ».

Pochette du morceau « Sharif » de Zola, réalisée par Boskoarts.

La pochette d’album : son format game-changer

En créant des pochettes d’album pour ses artistes préférés, Edwin développe un catalogue assez fourni. Pour être plus visible, il crée son alias Boskoarts sur les réseaux sociaux. Il prend de plus en plus de plaisir à créer et développe de vraies compétences. Self-made man, il opte pourtant après l’obtention de son bac, pour une école de graphisme, peu concluante : « Les gens découvraient des choses que je maitrisais depuis plusieurs années, donc je n’arrivais pas à rester concentré et à m’épanouir. Je faisais mes propres projets à côté, et j’ai décroché au bout d’un mois. C’était pendant la période du covid, donc j’ai pu tout de suite faire autre chose : je me suis lancé dans mon propre projet juste après ».

Une fois lancé à 100% dans sa propre voie, Bosko’ se met entièrement au service des artistes et enchaîne de nombreuses créations : « Fruit de mon époque » pour le rappeur marseillais YL, la pochette du single « Tout pour le gang » d’un autre sudiste 100blaze ou enfin celle du rappeur parisien Nahir avec « Ca va bien se passer ». Les projets se suivent et se ressemblent pour Edwin, qui doit s’habituer à une façon de travailler et entretenir de bonnes relations avec les artistes pour évoluer avec eux : « J’ai dû m’habituer au créneau de la cover qui est un format assez particulier dans le milieu du graphisme. Le plus dur n’a jamais été de créer artistiquement, mais surtout de démarcher les manageurs des artistes. J’y ai passé mes nuits ».

Pochette du morceau « Fruit de mon époque » pour le rappeur YL, une des premières réalisée par Boskoarts.

Un graphiste sur mesure

Ce ‘Lyonnais et fière de l’être’ n’a jamais manqué de rendre à sa ville et à Vaulx-en-Velin tout ce qu’elle lui avait donné. Bien qu’il gagne souvent la capitale pour réaliser des projets de shooting avec d’autres artistes parisiens, le graphiste veut prendre part à ce nouvel âge d’or du rap lyonnais. Avec son style « une image brute, un mood’ assez street », Bosko se fond dans le paysage rap à Lyon. La trap, la drill, le boombap ou encore le rap dit conscient, il s’adapte à tous les genres tant que la musique « est de qualité et que je me prends le son ».

En plus des kilomètres parcours entre Lyon, Marseille, Paris ou plus récemment Milan pour travailler avec ses artistes, le néo-photographe décide également de s’intéresser et de travailler sur des projets pour des artistes aux différents calibres.

Avec ses compétences en graphisme, le créatif Lyonnais développe également des compétences en photographie. « Obligé de passer par cette étape-là », pour espérer toucher plus d’artistes, il se forme encore une fois seul, et travaille rapidement avec de grosses pointures du milieu du rap. La F, le Villeurbannais, le milanais SlimRandy ou encore Cachouete dans le 92… Il se déplace n’importe où pour exporter son travail et tenter de toucher de nouveaux publics. Il accepte également de travailler avec des artistes en développement comme des artistes déjà plus installés. Edwin reste un créatif avec une vision qui ne s’intéresse pas à la notoriété des rappeurs en tant que tel, mais plutôt à ce qu’ils ont à dire. Récemment, il a assisté au tournage du clip entre Many GT et Lacrim sur le morceau « Plata et Plomo » pour lequel il a réalisé la pochette. Deux artistes au développement de carrière totalement différent mais qui ont réalisé ensemble, un morceau puissant. Cette adaptabilité lui permet de voir grand et « d’en avoir pour tous les goûts ».

Pochette du featuring « Plata et Plomo » des rappeurs MANY GT et Lacrim réalisée par Boskoarts.

Lyon, Paris et la Bosnie

En plus de son pays : la France, Boskoarts souhaite également créer un pont avec le pays d’origine de ses parents : la Bosnie. « Il y a des paysages magnifiques. C’est un pays qui sort de guerre, donc les souvenirs sont encore vifs. Quand je me balade là-bas, tout est une source d’inspiration ». Un nouveau marché intéressant qui permet à Edwin d’allier l’utile à l’agréable lorsqu’il s’y rend en vacances. L’avènement de la trap balkanique, cette forme de rap que l’on retrouve dans plusieurs pays comme l’Albanie, la Bosnie, la Croatie ou encore la Serbie a permis un vrai développement culturel local. Les artistes de l’Ex-Yougoslavie ont trouvé un style, une identité. Des personnalités de la musique du monde entier portent un intérêt fort à ces pays lorsqu’il s’agit de hip-hop. On pense notamment au rappeur parisien Fianso, de son nom Sofiane Zermani, qui avait tourné le clip de Training Day dans plusieurs villes d’Albanie.

En plus d’avoir un public grandissant, qui s’informe des nouvelles sorties majoritairement sur YouTube et la télévision, la scène locale indépendante commence à récolter le fruit de son travail. Inspirés de la trap italienne de Sfera Ebbasta et de la culture du drip [NDLR : des bijoux ou des vêtements de luxe], le rap des Balkans propose une musique brute et authentique. C’est ce que vient chercher Bosko lorsqu’il tente de collaborer avec certaines des têtes d’affiche bosniennes :

« Il y a de vraies « stars » du rap en Bosnie, ils ont des chiffres qui répondent aux standards français : des clips au million de vues en 24h… Mais c’est un plus petit comité qu’en France, et c’est une mentalité beaucoup plus fermée qu’ici. Ils ne se mélangeant pas trop, ils ne font pas trop de connexion ». Cela n’empêche pas le créatif vaudais de s’imaginer développer de vrais concepts avec eux prochainement. Parmi les artistes à découvrir selon lui : « Devito, un artiste cagoulé comme Kalash Criminel, mais avec une proposition musicale totalement différente, ambiançant. Il y a également Buba Corelli ou encore Corona. Ce sont des gens avec qui je suis en contact. On a pas mal échangé de messages sur Instagram notamment». La musique rapproche tous ces passionnés : « tant que la musique de l’artiste me parle, je suis intéressé. Mon objectif, c’est de toucher un maximum de personnes par mon travail. Un jour, je pense qu’on pourra faire quelque chose ensemble  ».

Devito et Buba Corelli, deux artistes bosniens qui posent ensemble durant un featuring.

« Après avoir fait le tour du monde, tout ce qu’on veut c’est être à la maison »

En faisant le tour de l’Europe : l’Espagne, l’Italie, la Bosnie ou l’Albanie… Edwin n’oublie pas non plus Vaulx-en-Velin, qu’il a toujours dans le cœur. Le manque de structures et d’artistes au sein de la ville est un vrai regret pour lui. Il met actuellement de nombreuses choses en place pour permettre à la nouvelle génération d’artistes de sa ville d’émerger. Un objectif en tête : « Je voudrais développer un studio d’enregistrement de musique et pourquoi ne pas avoir mes propres locaux sur Vaulx-en-Velin : c’est un objectif ». Sur le long terme, le designer souhaite également produire des artistes et développer de plus gros projets artistiques. Son œil de photographe lui ouvre de nombreuses possibilités.

Enfin, en s’associant à l’artiste Inedy et à une équipe soudée de bénévoles, il apporte sa pierre à l’édifice au projet « Urban Vaulx ». La structure de Vaulx-en-Velin a pour but de créer des ateliers autour du rap et de permettre à des jeunes entre 11 et 18 ans de découvrir l’ensemble des métiers du monde de la musique : l’enregistrement, le stylisme, la direction artistique ou encore la photographie… Ce jeune freelance autodidacte donnera donc ses premiers « cours » à de jeunes artistes en développement de sa ville dès la fin d’année 2022. Une consécration pour lui.

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